Donal Tusk et Viktor Orban

Élections en Hongrie : une nouvelle ombre pour l'avenir européen

Lundi, 9 Avril 2018

Après l'Italie le mois dernier (mars 2018), c'est au tour de la Hongrie de passer par la case suffrage. Les résultats de cette élection confortant Viktor Orban et son parti Fidesz sont un nouvel obstacle à franchir pour l'Union européenne.

Comme un sentiment de déjà-vu pour l'Europe. Ce dimanche 8 avril 2018, le parti Fidesz du leader hongrois Viktor Orban, a remporté le suffrage législatif avec près de 50% des voix exprimées, ce qui renforce sa domination presque totale sur le pays, lui qui arbore son 3ème mandat consécutif.

Comme pour l'Italie, l'envol nationaliste s'est avéré. Comme pour l'Italie, l'euroscepticisme et l'enjeu migratoire, au coeur des discours de campagnes, ont fait mouche. Comme pour l'Italie, le futur européen s'assombrit. Est-ce simplement un mauvais hasard, ou est-ce le début d'une longue série d'États qui tomberont dans un rapport de lutte avec l'Union européenne ? Dans tous les cas, cette élection hongroise pose un énorme défi à l'Europe, dans la lignée de ce que nous présentions dans un article précédent sur le cas italien.

Le premier enjeu pour l'Europe concerne sa légitimité. À un an des prochaines élections européennes, la montée et l'affirmation de courants populistes dans plusieurs pays d'Europe pourrait encourager et favoriser les mouvements du même type dans d'autres pays. Une impulsion qui pourrait voir triompher des partis eurosceptiques ou europhobes et qui remettraient en cause l'ensemble de l'institution Union européenne.

Cependant, Orban ne se qualifie pas directement comme eurosceptique, il fait même partie du groupe parlementaire PPE au parlement européen, qui rassemble des forces politiques majeures comme le CDU-CSU allemand ou Les Républicains français. Ce sont alors ses idées, et les contradictions entre le discours national qu'il tient en tant que premier ministre, et celui plus modéré lorsqu'il s'agit de rassemblements européens, qui posent problème. En effet, son discours anti-migration et portant largement atteinte aux priorités et aux droits fondamentaux défendus par l'Europe, marque un virage extrême à droite de la part du dirigeant hongrois, qu'il est nécessaire pour l'Europe de dénoncer, au risque de voir se propager la menace interne que cela constitue.

Un second défi concerne le rapprochement entre le parti du Fidesz et le dirigeant russe Poutine. En effet, on observe une "russification" dans plusieurs pays de l'Europe de l'Est dans les dernières années, ce qui représente un enjeu dans un contexte de durcissement diplomatique entre les autorités européennes et russes (cf : Affaire Skripal, crise des diplomates...). En résulte la fracture de plus en plus importante entre les pays de l'Europe de l'Ouest et ceux de l'Est, avec comme chef de file le groupe de Visegrad, qui soutiennent chacun des visions différentes sur le futur de l'Union européenne. Dans cette fracture, les questions migratoires ont servi de déclic, mais c'est en fait un véritable repli identitaire et nationaliste qui anime les dirigeants de ces États. A noter que parmi les 15 pays considérés d'Europe de l'est, 7 sont gouvernés par des partis populistes.

Le risque est élevé pour l'Union européenne, tant les enjeux migratoires et les relations diplomatiques questionnent sa légitimité, et implorent plus que jamais une nouvelle façon de penser l'Europe. Dans le cas contraire, après Rome, Budapest ou Varsovie, c'est bien Bruxelles qui pourrait tomber dans les griffes du populisme.